• - Catalogne TT: l'Horizon était vert...

    On avait tous une bécane à crampons qui tournait dans la tête et une soif inextinguible de grands espaces.  Rien ne comptait plus pour notre petite confrérie que de se retrouver une quinzaine de fois par an pour aller sillonner les sentiers battus les plus beaux qu'on puisse dénicher, et comparer nos "exploits" au guidon, le soir autour d'une bonne table. Horizon Vert, c'était notre club, THE club ! A l'époque, l'intégrisme imbécile et liberticide des khmers verts n'avait pas encore cadenassé, à coups de désinformation et de chasse aux sorcières anti-motards, les magnifiques chemins publics que nous savions dénicher dans des régions quasi inhabitées. Séquence nostalgie du côté de la Catalogne espagnole en novembre 1998...

     

    C'est pour ça qu'on venait en Catalogne : on en prenait plein les mirettes sur des pistes

    somptueuses, et ça durait trois jours sur près de 650 km...

     

     



     


     

     


     

     

     

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    Les bécanes ont fait plus de 1200 km bien au sec dans la remorque. C'est

    qu'Oliana, sur la route de Llerida, c'est pas la porte à côté de la Picardie.

    Mais qu'importe la distance, puisqu'on aura l'ivresse...

    je parle bien sûr des grands espaces...


    Avec la bénédiction du couple adorable qui tenait l'hôtel, on avait squatté

    le garage de l'établissement : ça ressemblait plus à une concession off road

    qu'à un parking...      


    C'est le premier soir, on n'a pas encore roulé et c'est déjà l'heure de l'apéro.

    Spécial, l'apéro : le Ricard étant un truc inconnu à Oliana, le patron nous

    a servi la première tournée, avant qu'on aie eu le temps de réagir,

    dans des verres à bière, moitié anis, moitié eau... Je vous rassure :

    on lui a vite expliqué que c'est deux tiers anis pour un tiers d'eau !

    Nan, j'déconne...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Séquence kickage du matin : c'étaient des motos d'homme, ça, mon bon

    monsieur ! Bon, y'en a qui étaient plus ou moins doués du jarret...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    A nous les grands espaces et l'ivresse de la découverte, du moins pour

    les participants. Tartine et moi, pour notre part, on avait déjà sillonné le coin

    durant plusieurs semaines pour les recos, avec notre Land Rover

    et nos bécanes. On était sûr de notre coup ! 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pas de ponts, pas de passerelles : les pistes sont brut de bulldozer.

    Elles sont publiques dans l'immense majorité des cas et permettaient,

    à l'époque, aux agriculteurs, chasseurs, promeneurs et cueilleurs

    de champignons de tous poils, motorisés ou non, de circuler librement

    dans ces coins isolés.


    Les  communes prenaient même la peine de prévenir en catalan que

     les pistes, vu leur état, étaient réservées aux véhicules tout-terrain: "Només

    amb 4x4", soit "seulement en 4x4". On sait ce que tout ça est devenu. 


    Plein les mirettes, qu'y nous disaient, les copains.  Tartine et moi, on buvait notre petit lait

    en entendant ça. C'était le plus beau cadeau qu'ils pouvaient faire à leurs guides.



    Uniques, ces petites auberges locales pour lesquelles

    il fallait parfois emprunter 10 ou 15 bornes de piste de montagne. Charcuterie

    de pays, grillades à la cheminée, crema catalana caramélisée

    sur les braises et l'incontournable Moscatel maison: Massia Massanet

    nous a laissé des souvenirs émus...


    Evidemment, ces agapes déraisonnables, mais ô combien jouissives, étaient

    en conflit avec le nécessaire effort physique du tout-terrain. Certains jours,

    on a dû puiser dans nos réserves d'autorité pour faire sortir la troupe

    de sa torpeur digestive !

     

    Personne n'a jamais regretté d'écourter la sieste. Il faut dire que les paysages, comme ici les contreforts

    du Tossal de la Creu, valent le déplacement.


    Après l'effort, le réconfort. Les traditions locales ne manquent pas

    d'arguments... Au "porron", je me défendais pas mal !


    Evidemment, comme tout bon club qui se respecte, la troisième mi-temps

    est l'occasion de rivaliser en terme de vannes fines et délicates.

    Y'avait quelques spécialistes franchement graves dans le lot. Le bol dans

    l'affaire, c'est qu'on était en terre étrangère et que les voisins de table

    ne pouvaient pas réaliser à quel point on avait touché le fond...


    Le dodo, c'est pour plus tard. La mécanique d'abord. Demain faut pas faire

    attendre les potes, et avec 220 km de pistes rocailleuses tous les jours,

    y'a de la maintenance.


    Pas de ronron : chaque circuit amène son lot de surprises dans la montagne.

    Le dernier orage a tout simplement emporté la piste. Heureusement,

    on est tous des sportifs de haut niveau doublés de pilotes accomplis...

    Enfin ici, c'est plutôt "trois qui regardent, et un qui en chie" !

     

    Une belle piste caillouteuse du côté du mont Sant Marc. Les belles dérives

    qu'on s'offrait là-dessus... Enfin, on essayait. Et il faut bien reconnaître

    que pour certains, dont je fais partie, ça se terminait parfois en vrac.

    Mais après tout, comme le disait Hubert Auriol (multivainqueur du Dakar)

    dans une émission radio: "si tu freines, t'es un lâche"... Nan, c'est pour de rire !



    Dans les Montsec d'Arès, spot local réputé de parapente,  la vue sur les sommets

    pyrénéens est à couper le souffle. Pose photo incontournable.


    La Sierra de Cadi et les paysages du mont Pedraforca venaient de nous

    scotcher. Mais le meilleur était à venir. Le patron de notre hôtel avait décidé

    de nous faire une surprise en se rendant avec son 4x4 au coin pique-nique

    prévu et en nous préparant un somptueux repas en pleine montagne !


    Il avait prévu son coup, le patron de l'hôtel: il savait qu'à côté de la chapelle

    Mare de Deu de Gresolet, se trouvait quelques équipements rustiques

    d'accueil pour les promeneurs. Charcuteries, côtelettes, saucisses locales

    à la pierrade chauffée au bois, on s'est pas fait prier...


    Et en plus, le vino tinto était gouleyant, n'est-ce pas Tartine ?

    Les 130 bornes qui restaient à faire allaient être laborieuses...

     

    ... d'ailleurs, le moindre arrêt était une bonne excuse pour retirer

    le casque. Là, en réalisant qu'il n'y avait pas de route pour couper,

    je commençais un peu à stresser.


    Comme je le craignais, pour retrouver l'hôtel d'Oliana, on a roulé plus de deux

    heures de nuit en pleine montagne, sur des pistes qui se ressemblent.

    Y'a sûrement un ange qui nous a pris sous son aile ce soir là : je les ai tous

    ramenés. Faut dire que dans le noir, y'en a qui font moins les marioles...

     

    Le troisième jour, tout le monde a pris le bon rythme, même si la fatigue

    a fait son apparition.  Le plaisir est intact, même pour les guides (Tartine et

    mézigues) qui étaient venus peaufiner les dernières recos plusieurs jours

    avant l'arrivée des participants. En fait, on en avait jamais assez...

     

    La surprise du jour : un run, départ en ligne sur les pistes tracées par les riverains qui profitent

    de la baisse du niveau du panta (barrage) de Terradets pour éviter les routes de montagne. Là, on a vraiment

    pas été raisonnables du tout. D'abord, en tant que maître de cérémonie, je me suis permis de voler le départ.

    Et cinq bornes plus loin, on était tous  à près de 140km/h sur les berges. Quand je pense qu'il y avait déjà

    des quincagénaires dans la bande...


    En Catalogne comme en France, ça se termine souvent autour d'une table.

    Je ne me souviens pas d'une seule bouffe qui ait été triste à Horizon Vert.

    Celle-là n'a pas fait exception à la règle.


    Le patron de l'hôtel et son épouse, qui nous avaient décidément à la bonne,

    nous ont réservé  une spécialité locale pour le dernier soir : une Cremada

    de Ron. Un truc de tueur qui se boit brûlant, à base de café fort, rhum flambé,

    sucre et aromates. Succulent et mortel !


    Incorrigibles ! Après trois jours d'excès en tous genres, y pensent à quoi

    les motards ? A ramener de la charcuterie et des apéritifs locaux. Faut dire

    qu'une fois qu'on y a mis le nez...


     La Catalogne, ça avait un sacré goût de revenez-y.  Ils ont tous signé

    pour les éditions suivantes.


    L'encadré Pratique serait obsolète

    Vu la date où s'est déroulée notre balade, aucune information pratique de l'époque ne serait valable aujourd'hui : depuis 1998, on est passé à l'euro, les prix ont largement autant flambé en Espagne qu'en France, et en plus, l'écologie intégriste est passée par là.

    Le politiquement correct en Catalogne, mis en place à la suite d'une étrange convergence d'intérêts entre la stratégie de com' des verts et la volonté d'appropriation des chasseurs (pourtant leurs ennemis jurés) veut désormais que  les loisirs motorisés soient quasiment bannis des voies non revêtues, même publiques. Tous savent pourtant parfaitement qu'en dehors du déplacement de quelques cailloux, les motos TT n'ont jamais rien changé à la nature, dans ces régions sous habitées.

    Reste qu'en fouillant un peu, on doit certainement encore trouver de belles pépites en matière d'hôtellerie, chambres d'hôtes, gîtes et autres auberges de dessous les fagots. La montagne, elle, n'a presque pas bougé, même si, du côté d'Oliana, un grand barrage a vu le jour et a noyé des milliers d'hectares où nous promenions nos crampons.

    En tout cas, à pied, à cheval, en voiture, à moto de route ou à vélo, la Catalogne et son arrière pays recèle des trésors et vaut toujours un détour prolongé.



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  • Commentaires

    1
    yellowperil
    Mardi 25 Janvier 2011 à 10:04

    Bonjour atoutes et atous,

    Je sais que je vais passer pour un vieux schnock cacochyme en affirmant ça, mais c'était quand même le bon temps (hein, Fruche, Jérôme, Tartine, Dom, Pierrot, Fred et ceux que j'oublie) et qu'on a bien fait d'en profiter avant que les censeurs et autres conservateurs du biotope de mes couilles commencent à nous baver sur les rouleaux avec les dégats occasionné aux petites bêtes qui grattent par nos monstres d'acier.

    Mais rassurez-vous, un jour ça sera au tour des VTT de se faire éjecter des singles et le moindre pet sonore (les meilleurs) émis au creux d'une forêt profonde sera immédiatement et impitoyablement réprimé avec la pire sévérité par les fiottes de l'ONF aun nom de la protection de la couche d'ozob.

    En attendant, n'oubliez pas de bourrer la dinde.

    2
    Saxo
    Mardi 25 Janvier 2011 à 16:27

    Puisqu'il s'agit de nostalgie, ça fait encore plus mal !

    3
    yellowperil
    Mardi 25 Janvier 2011 à 17:31

    Eh crotte, je vois que j'ai mal relu ma bafouille, c'est truffé de photes d'aurtografe merdalors.

    Heureusement que j'ai pas signé, ce serait la ,honte.

    4
    yellowperil
    Mardi 25 Janvier 2011 à 17:34

    Quand on voit Tartine ouvrir la bouche comme une porte de grange pour s'envoyer une rasade de vino tinto, on se prend à rêver...

    Ah ça oui, c'était l'bon temps, crémildiou !

    5
    haevermans/FRED
    Mercredi 26 Janvier 2011 à 22:28

    15 ans aprés on se connait encore tous et la majorité roule encore (moins vite)


    un grand merci aux Hollande qui ont su créer et souder cette équipe

    6
    Flying Peter
    Jeudi 3 Février 2011 à 15:14

    Tu l'as dit mon Fred, que des années bonheur ! Et tout ça, grâce à Dom et Tartine, infatigables pourchasseurs de chemins et ornières en tous genres. Moi qui fut de toutes les expéditions espagnoles, je leur dois un peu de ma fierté d'avoir participé à cette grande épopée... Quant aux photos, elles sont trop bonnes à regarder ! Souvenirs, souvenirs... Amitiés à tous et encore chapeau pour ce blog, véritable pépite de l'histoire d'H.V.

    7
    yellowperil
    Dimanche 6 Février 2011 à 20:34

    Je sens que je vais chialer. beuahhhhh!

    8
    Dom et Tartine
    Dimanche 6 Février 2011 à 21:29

    T'es trop sensible, ça te perdra. Au fait, t'en aurais à raconter dans un blog, toi, avec tes 250 000 ans (au moins) de tribulations motocyclétiques (ça se dit, ça ?).



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